Extrait l'Hybride

Extrait l'Hybride

Chapitre 1

Il y a bien longtemps, dans une contrée lointaine du seizième siècle, un carrosse roulait à vive allure. Le cocher avait bien du mal à regarder devant lui. Le vent et la pluie battante le gênaient, l’obligeant parfois à faire de petits écarts qui risquaient de faire chavirer les personnes à l’intérieur. Parmi elles, un jeune enfant. Personne ne savait rien sur lui. Il fut recueilli quelques jours plus tôt au port de Brest. Il paraissait sauvage, mais un noble, qui passait par là, avait réussi l’exploit de l’apprivoiser. Le petit ne parlait pas, sûrement traumatisé par le massacre qui avait eu lieu sur le navire qui l’avait amené. Tous les membres de l’équipage avaient été retrouvés morts, et le navire semblait fantôme lorsqu’il arriva à destination. On fouilla partout pour savoir ce qui avait pu se passer, mais on ne trouva rien, à part cet enfant qui était caché dans un fût, à fond de cale. La vision d’horreur souleva le cœur des marins du port. Il y avait des cadavres partout et pour certains les membres avaient été arrachés. D’autres avaient été décapités, griffés partout. On retrouva même une main restée collée sur le gouvernail. Personne ne sut ce qui s’était passé, et l’enfant retrouvé sain et sauf ne parlait pas, choqué par tout ce qu’il avait vécu. Lorsqu’on le débarqua, il se mit à se débattre en poussant des cris stridents. Voulant s’enfuir, il se retrouva nez à nez avec une personne bien habillée qui lui parla gentiment et sans s’énerver. Le petit l’écoutait, comme subjugué. Il buvait les paroles de cette personne. Il s’agissait d’un comte qui venait de loin. L’homme, qui n’avait pas d’enfant, demanda qu’on lui confie la garde, ce qui, à cette époque, fut vite réglé, moyennant une petite bourse pleine d’écus. Le petit fut présenté à la femme du noble. Il ne parlait toujours pas, mais se sentait en sécurité avec eux. Après l’avoir fait laver, on changea ses vêtements pouilleux contre des neufs. Deux jours après son arrivée à Brest, il partit en petit carrosse vers le sud de la France. Les journées semblaient interminables, mais tout se passa normalement jusqu’à cette nuit d’orage qui tourna presque à la tempête. Cette nuit-là, l’enfant dévoila sa vraie personnalité.

Les éclairs zébraient le ciel, et le vent n’en finissait pas de souffler. L’attelage arrivait à la lisière d’une forêt lorsque la foudre s’abattit sur un arbre, le faisant éclater en morceaux. Une lourde branche était tombée en travers du chemin, coupant le passage. Les chevaux, effrayés par le grondement du tonnerre et le bruit provoqué par l’éclatement de l’arbre, s’emballèrent et bifurquèrent sur le côté. Le pauvre cocher, déjà trempé par la pluie battante, ne put éviter le drame. L’attelage se détacha au moment où le carrosse penchait sur le bord d’un fossé. Il bascula sur le flan, et fut traîné sur deux ou trois mètres. Le cocher, quant à lui, était resté accroché, avec les liens aux chevaux, qui continuèrent leur course effrénée dans la nuit sombre. Il lâcha prise en se cognant contre un petit rocher, se brisant un bras, et saignant des multiples plaies provoquées par la traînée qu’il venait de faire. A demi conscient, il se tourna vers le carrosse d’où il entendait des cris. Il vit sortir la femme, affolée, et une voix se fit entendre qui lui demandait de sortir l’enfant. Le carrosse était plié en V dans le fossé qui se remplissait d’eau. Visiblement, la femme et l’enfant n’avaient rien, mais le mari, lui, semblait en difficulté à cause de la montée des eaux.

Le petit fut mis à l’abri dans un renfoncement de taillis. La femme tenta bien que mal de sauver son époux, qui, bloqué à l’intérieur du véhicule d’époque, ne pouvait bouger que sa tête. Il la relevait le plus souvent possible mais à chaque fois qu’il se rabaissait il se retrouvait le nez dans l’eau. Sa femme vint voir comment allait le cocher, et, en voyant que ce dernier avait un bras cassé, elle l’aida à se relever pour essayer de sauver son mari. Saisissant une branche solide, ils tentèrent de soulever légèrement le carrosse afin de dégager le Comte, mais leur tentative fut mise en échec par la venue de brigands qui n’hésitèrent pas à leur demander de tout leur donner en échange. Ils acceptèrent sans retenue, mais voyant le contenu du coffret à bijoux de la femme, les bandits les envoyèrent dans la boue, sans se préoccuper du fait que pendant ce temps, caché dans un semi abri, un enfant assistait à la scène.

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